Voyage au pays des charms

Désolée, votre sac dépasse le poids autorisé par notre compagnie.

Pop' Couture
3 min ⋅ 10/11/2025

De Séoul à Paris : la poésie des breloques

Dans la rue, il y a tout un monde parallèle. Hello Kitty tombe dans les bras d’un Labubu, tandis qu’un gloss tout droit sorti des années 2000 s’entremêle avec un porte-clé téléphone strassé. On peut croiser aussi une armée de petites Tour Eiffel intemporelles, toutes prêtes à en découdre avec des centaines de Sonny Angels presque dépassés. C’est cette mélodie du bling bling et des métaux entrechoqués qui m’interpelle. Pourquoi avons-nous besoin de surcharger nos sacs de toutes sortes de charms et porte-clés, quitte à dépasser le poids autorisé d’un bagage cabine chez Easy Jet ?

Pour répondre à cette question, j’ai pris un avion direction Séoul en Corée du Sud, là où les porte-clés sont bien plus que des souvenirs d’un moment passé, ils sont le reflet d’une personnalité. 

From “porte-clés” to “bijoux de sac”

Avant de partir, je voyais les key charms comme les derniers bibelots qu’on achète au duty free pour dépenser les dernières pièces de monnaie avant d’embarquer. Bref, ce truc qu’on finira par perdre dans un tiroir, parce que l’accrocher à son sac était au mieux enfantin, au pire la preuve ostentatoire un brin ringarde d’un voyage (trop) onéreux.

Mais depuis quelques temps, les portes clés et autres goodies sont sortis de nos chambres d’enfants et de nos boites à souvenirs pour devenir un accessoire de mode à part entière. Ils ont même quitté nos clés pour rejoindre la lumière. On les appelle désormais : les bijoux de sac.

@selmakacisebbagh @selmakacisebbagh

Ce qui était une faute de goût à moitié assumé fréquente maintenant la Haute : ils s’accrochent aux sacs de luxe, type Miu Miu ou Balenciaga ; cette dernière a d’ailleurs récemment sorti un sac avec breloques intégrées.

C’est le beau qui part à la rencontre du moche. Le sac de luxe, un brin coincé, se pare de plastique bling bling enfantin, comme un manifeste contre le old money. Cette union suscite alors l’étonnement, comme si le porte-clé devenait transfuge de classe, sorte de nouveau riche baigné dans le chic à l’ancienne. En France, j’y vois une manière de faire face à l’actualité brutale, à une violence latente qui envahit nos réseaux et nos chaines d’information. Il y a aussi dans cette micro-tendance une volonté d’entrer en rupture avec une ancienne génération qui n’a pas assez pris soin de son passé. Car aimer son enfance est un précieux privilège : et si se la remémorer n’était pas la clé pour avancer avec plus de sureté dans l’avenir ?

@agathemonje <3@agathemonje <3

Bref, ce n’est pas étonnant si les Hello Kitty, Diddle et autre Pokémon s’accrochent à nos sacs du quotidien : c’est l’insouciance qui apaise, un peu, la dureté du monde actuel.

Atterrissage à Séoul, Corée du Sud

Fraichement arrivée à Séoul, je découvre cette ville où la vie fourmille et où les lumières qui subliment les rues de leurs halos colorés ne s’éteignent jamais. Après quelques jours à arpenter chaque recoin de cette belle capitale, je débarque finalement à Hongdae, le quartier étudiant de la ville. C’est ici que l’on croise les jeunes couples se prendre en photo au milieu de la foule, ou les touristes venus dévaliser les boutiques souvenirs. Et c’est surtout là, dans ce lieu plein d’énergie, que les sacs à main débordent de charms en tout genre, allant du plus que connu Hello Kitty, au Shin Chan en passant par Kuromi ou autre personnage de la licence japonaise Sanrio. D’ailleurs, sans hésitation, j’entre dans la première boutique et me rue sur une petite peluche Hello Kitty argenté, parfaitement accordé à mon sac et à ma « DA » comme le disent mes compagnons de voyage. 

Quelques heures plus tard, je dine avec mon amie coréenne Ji Ae qui me demande, avec la plus simple spontanéité : « oh mais tu es fan de Hello Kitty ? »… en voilà une drôle de question. Oui j’apprécie ce petit chat blanc insouciant, mais je l’aime surtout parce qu’il me rappelle de bons souvenirs d’enfant. Alors moi « fan », non pas vraiment, mais j’aime le kitsch auquel elle renvoie, à cette esthétique de l’enfance si tendance à Paris. 

De cette simple remarque, j’ai compris une chose : en Corée du Sud, on ne porte pas des goodies parce qu’ils sont à la mode ou parce qu’ils entrent en contradiction avec la violence du monde, mais plus parce qu’ils indiquent quels sont nos dessins animés préférés, et plus largement : notre caractère. Ji Ae adore Shin Chan, ce petit garçon téméraire qui brille par ses nombreuses bêtises. C’est à travers les porte-clés à son effigie qu’elle indique au reste du monde à quelle « tribu » elle appartient, pour se démarquer des autres.

Shin ChanShin Chan

Les hommes aussi ne se privent pas d’alourdir leurs sacs de ces porte-clés. Et ce constat est d’autant plus étonnant qu’il parait impossible pour une homme français d’en faire de même. :)))))

Malheureusement, comme toute micro-tendance, elle semble déjà s’essouffler en France, et pose donc encore (et encore) la question de la sur-consommation. C’est pour ça que je compte bien porter mes breloques encore un petit moment, même si les boomers continuent à me dévisager dans la rue ou que les puristes de la mode les trouvent déjà dépassés.

À + <3


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Crédits photos : Photos personnelles à Séoul, Corée du Sud / Instagram @mariegaguech

Pop' Couture

Par Salomé Bruneau

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