The summer I turned aigrie

J'ai réfléchi. Beaucoup réfléchi. J'ai tourné en rond, j'ai perdu du temps. Je suis passée par toutes les émotions. Et voici la conclusion à toutes mes tergiversations : cet été, la mode m'a déçue.

Pop' Couture
5 min ⋅ 03/09/2025

Disclaimer : je ne parlerai pas du défilé de Post Malone, dont le vide artistique n’a fait qu’emplir mon feed Instagram de banalités. Je ne parlerai pas non plus de l’esthétique “cow boy” dont j’ai fait une overdose et qui, quand elle est incarnée par un homme blanc américain me pose beaucoup de problèmes sur le plan politique. Je ne parlerai pas non plus de la nomination de Chloé Malle à la tête de Vogue, dont les parents-stars ont peut-être (sûrement) été un sacré coup de pouce pour en arriver ici, même si je ne remets évidemment pas en cause son travail acharné… (oui c’est ironique). Madame Wintour a toutes les meilleures raisons de monde pour l’avoir nommée et ça, je laisserai les grands financiers et dirigeants de grandes marques avoir le loisir d’en débattre. Bref, la mode m’ennuie et me révolte, comme souvent… comme toujours.

Bonne lecture !

Contre-Couture

Ici, on décrypte la mode, sans faire dans la dentelle.

Oui, enfin… quand je dis que j’ai “réfléchi”, c’est surtout que j’ai passé quelques (nombreuses) heures sur TikTok et YouTube. J’ai pris beaucoup de temps à écouter les créateurs de contenu “mode” décrypter les tendances et analyser les différentes actualités sur le sujet. Une chose m’a, pourtant, particulièrement interpelée : apparemment la mode ce serait “mieux avant”.

Avant quoi ?

La mode n’est pas la seule victime de cette expression d’apparence anodine. Qui n’a pas entendu un membre plus âgé de sa famille raconter avec ferveur les heures glorieuses de sa jeunesse (en particulier : les années 80), comme étant la plus belle période ayant jamais existé, emprunte de liberté sans limite et d’insouciance ? Ou ce pilier de comptoir demander avec insistance pourquoi on se prend en selfie avec nos copines, en déblatérant “qu’à son époque, on vivait la vie, la vraie.” ?
Une question devrait alors nous venir à la bouche : avant quoi ? En dépit de toutes mes recherches et mes analyses, je n’ai trouvé aucun évènement historique, aucun élément sociologique qui sépare avec fermeté la mode “d’avant” et celle “d’aujourd’hui”. Quel est ce fameux jour auquel tant de monde fait référence, qui a tellement bouleversé l’industrie qu’elle en est devenue si fade (et nulle ?) de nos jours ? Spoiler : il n’existe pas. Enfin, pas vraiment.

La mode, comme tout art, s’inscrit dans une continuité sociologique et historique. C’est-à-dire, qu’à part des grands moments de ruptures comme une révolution, une guerre, un changement de régime politique ou une découverte scientifique majeure, rien ne peut séparer avec fermeté un “avant” et un “après”. Aussi, est-il important de rappeler que, pour émettre un tel jugement de valeur, il reste à savoir sur quel point de comparaison précis pouvons-nous affirmer une telle proposition.

Mieux, vraiment ?

La mode, et son histoire, évolue au rythme de la société, c’est-à-dire qu’elle reflète nos choix politiques et ses effets sociologiques. Si on se penche sur l’aspect purement politique, et la montée de l’extrême droite actuelle, alors oui, la mode était peut-être mieux “avant”, sous un régime socialiste par exemple. Pourtant à cette même période, c’est-à-dire de 1981 à 1995 qu’est la présidence de François Mitterrand, combien y avait-il de créateurices noire.s à la tête de grandes maisons de luxe ? Combien de femmes ? Combien avaient une réelle visibilité ? Y avait-il des femmes racisées sur les podiums de défilés ? Y avait-il des personnes grosses ? La réponse semble évidente : non, ou très peu.

Yves Saint Laurent fait Chevalier de Légion D'Honneur par François Mitterrand le 12 mars 1985 / Source : Musée Yves Saint Laurent, ParisYves Saint Laurent fait Chevalier de Légion D'Honneur par François Mitterrand le 12 mars 1985 / Source : Musée Yves Saint Laurent, Paris

Mais ce qui me frappe le plus, c’est que les personnes qui avancent l’argument que la mode était “mieux avant”, sont pourtant les mêmes avec qui je partage les valeurs (pas de “old money” dans mon feed…). Donc, ce n’est pas nécessairement sur l’aspect politique qu’iels expriment leur mécontentement. En approfondissant un peu leur pensée, je me suis rendue compte que beaucoup avançaient l’idée que la mode est moins “créative” aujourd’hui. Et j’ai trouvé cela particulièrement intéressant à décrypter.

Cela m’a rappelée une chose marquante que mon professeur de philosophie ne cessait de nous répéter en hypokhâgne : “il n’y a pas de progrès en art”. Nous étions toustes outré.e.s par cette prise de position philosophique particulièrement disruptive, tant on nous avait rabâché en cours d’histoire que “la découverte de la perspective a été une avancée majeure dans l’art”. Peut-être, mais pas une avancée majeure dans la créativité. Car, oui je ne pense pas qu’il y ait une échelle, qui détermine si telle ou telle production artistique est plus ou moins “créative”. Il est donc difficile d’affirmer avec fermeté que la mode était plus créative “avant”. Peut-être était-elle alors plus subversive ? J’en doute fort, puisque la subversion est subjective : elle dépend de notre vécu et de nos pensées, de ce que l’on considère nous, individuellement comme étant subversif, ou non. Elle dépend aussi d’une époque : ce qui était comme disruptif il y a 40 ans, ne l’est peut-être plus aujourd’hui.

Vivienne Westwood, 1977Vivienne Westwood, 1977

Nous avons souvent en effet l’image des ces grands créateurs comme Jean-Paul Gaultier, Alexander McQueen, Thierry Mugler, Claude Montana ou Vivienne Westwood, dont les défilés et les idées faisaient éclater en mille morceaux les codes bien bourgeois de leur époque. Et à raison : iels ont grandement participé à l’émergence d’une mode nouvelle, moderne et plus libre. Mais ces profils perdurent aujourd’hui, comme la créatrice Jeanne Friot ou le sulfureux Rick Owens qui n’a désormais plus rien à prouver. Encore une fois : la mode évolue avec son époque et regorge de profils prêts à faire valser les plus réfractaires d’entre nous.

Défilé "RESISTANCE" by Jeanne Friot, SS26 / Source : @jeannefriotDéfilé "RESISTANCE" by Jeanne Friot, SS26 / Source : @jeannefriot

Et non, la mode n’est pas “mieux” aujourd’hui non plus

Avec toute la fermeté que j’ai à défendre l’idée que non, la mode n’était pas mieux avant, j’ai cependant légèrement apporter quelques nuances à ce discours, en particulier face à l’actualité mode de cette fin d’été.

Si vous êtes féru.e.s de mode vous avez certainement vu passé la toute nouvelle campagne de Maison Margiela qui, pour la première fois de son histoire, a utilisé une égérie pour la représenter. Il s’agit de Miley Cyrus, la giga pop star aux multiples succès, que l’on voit magnifiquement sublimée par la dernière collection pensée par le nouveau DA Glenn Martens. Les photos, réalisées par Paolo Roversi, sont superbes : les codes visuels de la maison sont respectés, l’atmosphère onirique et abstraite du photographe fusionne complètement avec la poésie de Margiela.

Campagne Maison Margiela avec Miley Cyrus by Paolo Roversi et Glenn Martens, 2025 / Source : @maisonmargielaCampagne Maison Margiela avec Miley Cyrus by Paolo Roversi et Glenn Martens, 2025 / Source : @maisonmargiela

Pourtant, cette campagne m’interroge : Maison Margiela, créée en 1988 par Martin Margiela, a toujours mis un point d’honneur à ne jamais avoir recours à une égérie, pour conserver “l’anonymat” de la marque. Cette dynamique entrait évidemment en rupture totale avec les autres maisons, dont la personnification est le vecteur essentiel pour la faire vendre, au-delà des vêtements eux-mêmes. Bien plus qu’un choix politique, il s’agit ici d’ancrer le vêtement en tant que “concept”, dont la création artistique est indépendante du clientélisme et de la nécessité d’être “porté”.

Même si je trouve nécessaire que les marques évoluent en finesse avec leurs temps, j’ai été particulièrement déçue de cette campagne. Non pas pour l’égérie : je n’ai rien contre Miley Cyrus. Seulement, rien ne peut mieux représenter Margiela que sa valeur maitresse : l’anonymat. Je ne suis pas non plus en colère comme Glenn Martens : il répond à des exigences financières dont il n’est pas le décisionnaire. Là où ma critique intervient c’est envers le groupe OTB, qui a vu en le départ de John Galliano à la direction artistique de rendre la marque toujours plus commerciale, bien loin de ses valeurs d’origine. Et tout ça… ben ça m’a rendue triste. Déjà parce que j’adore Margiela (snif) mais aussi parce qu’elle était sûrement l’une des seules marques à se préserver (un peu) de la grande course qu’est le libéralisme.

Alors non, je tirerai pas un trait sur la marque, ni sur Glenn Martens, Paolo Roversi et Miley Cyrus, mais je m’efforcerai toujours de critiquer le pire défaut de la mode : le capitalisme.

Créateurices de tous les pays : unissez-vous !

À la semaine prochaine <3.


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Pop' Couture

Par Salomé Bruneau

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