Que des numéros 10 dans ma team

Le Paris Saint-Germain a gagné la Ligue des Champions. Depuis, Dembélé me fait hurler de rire à chaque interview, je regarde la célébration de Mayulu en boucle et je suis à ça d'acheter un maillot du PSG.

Pop' Couture
4 min ⋅ 05/06/2025

Contre-Couture

Ici, on décrypte la mode, sans faire dans la dentelle.

Depuis samedi, mes réseaux sociaux sont envahis par la victoire du PSG face à l’Inter Milan lors de la finale de la Ligue des Champions. Tantôt j’y vois des supporters en liesse, tantôt des analyses, des édits, des rediffusions des 5 buts en boucle, tantôt aussi CNews et ses journalistes pas très contents des débordement sur les Champs Elysées (bref). Au milieu de toute cette foule, j’ai tenté de me frayer un chemin et d’y trouver quelque chose. Mon attention s’est d’abord arrêté sur toutes les filles dont l’attachement au PSG n’est pas pris au sérieux, ou celles qui n’ont pas passé une bonne soirée à cause des comportements sexistes de certains supporters.

Puis, j’ai pris un peu de recul. J’ai regardé. Je me suis dit “est-ce que je trouve que le maillot du PSG est beau, ou juste stylé ?”. Le maillot du PSG… TROUVÉ. C’était ça, ce “quelque chose” qui me trottait en tête depuis quelques jours : est-ce que j’aime vraiment l’esthétique du maillot de foot ou est-ce que je me suis laissée attraper par cette tendance ?

Quand j’étais petite, le foot pour moi c’était : mon père fan du FC Nantes, mon oncle aka l’encyclopédie du ballon rond à lui tout seul, les garçons à l’école qui portent des maillots de l’OL (oui je vivais à Lyon à la grande époque de l’Olympique Lyonnais, Gourcuff, Juninho, Champions de France tout ça tout ça) et mon doudou Goléo, masquotte du club à ce moment-là (offert par le tonton footix). Bref, le foot dans ma tête c’était secondaire, voire tertiaire (voire très très loin) mais je me disais quand même que ça devait avoir une sacrée importance, surtout après avoir vu la tête de mon père suite à la défaite de la France en finale de la Coupe du Monde 2006.

Puis, j’ai grandi et le foot c’est devenu pour moi la tenue vestimentaire des mecs pas cool du collège. Et quand je dis “pas cool” c’est ceux qui faisaient des blagues nulles, des remarques déplacées et que je n’avais vraiment pas envie de croiser dans les couloirs. À ce moment-là, c’est simple, je me suis dit : maillot de foot = laid (et con).

J’ai encore grandi et je me suis plus vraiment posé la question. Déjà parce que je voyais de moins en moins de maillots de l’OL (on ne peut pas être au prime tout le temps) et aussi parce que j’avais d’autres choses en tête (du style : sortir tous les soirs de la semaine). Viens la Coupe du Monde 2018, rebelotte, je vois des maillots partout, on gagne, top, bref.

J’arrive à Paris, je mets un pied dans le sacro-saint milieu de la mode et je commence à m’intéresser avec encore plus de passion à la sociologie du vêtement. Et quelques temps après, miracle comme par hasard le maillot de foot devient ultra-tendance. Je commence donc à changer ma perspective et me pose la question : qu’est-ce que ce vêtement a de si spécial pour devenir le must-have de tout fashion qui se respecte ?

Les maillots, stars de la Fashion Week

Entre 2018 et 2020, les maillots de foot ont envahi les défilés des différentes Fashion Weeks. D’abord il y a eu la marque Koché qui a signé une collaboration avec le PSG dans laquelle le maillot se retrouve déstructuré, décomposé, parfois même détourné de sa fonction principale. Il prend la forme d’une robe, d’une veste ou d’une chemise, il est orné de paillettes ou laissé tel quel.

Défilé KOCHÉ Spring/Summer 2018Défilé KOCHÉ Spring/Summer 2018

Puis il y a eu Louis-Gabriel Nouchi, dont la collaboration avec le club a transposé le foot dans un environnement plus BCBG. Ici, le foot sort de la pelouse et se retrouve directement dans le bureau de Nasser.

Défilé Louis-Gabriel Nouchi, Fall/Winter 2020-2021Défilé Louis-Gabriel Nouchi, Fall/Winter 2020-2021

Enfin (et il y en a d’autres bien sûr), il y a eu Balenciaga avec les maillots propres à la marque, comme si le porter nous faisait signer au FC Fashion.

Défilé Balenciaga, Fall/Winter 2020-2021Défilé Balenciaga, Fall/Winter 2020-2021

Du stade au style

Avant que les maillots de foot arrivent sur les podiums des défilés, ils étaient surtout réservés aux supporters ou aux papas en train de préparer le barbecue. En réalité, si on s’en foutait d’un foot, ce n’était même pas question d’en acheter un. Pourtant depuis, certains maillots sont devenus très à la mode comme celui de la Juventus de Turin ou de l’Inter Milan (plus pour longtemps pour celui-ci je pense…), et sont portés par des personnes qui ne sont ni supporters de ces clubs, ni même réellement fan du ballon rond. Et la raison est simple : ce qui était perçu comme populaire, voire vulgaire ou de mauvais goût est désormais la pointe de la mode (coucou les Crocs, les TN, les survet’ Lacoste etc.). C’est un phénomène classique : ce qui appartenait à la rue ou aux classes populaires devient, après quelques années d’oppression, d’incompréhension et de moquerie, le summum du style, surtout après que le luxe s’en est emparé.

Bref, quand je regardais tous ces supporters arborants fièrement le maillot du PSG, j’ai d’abord ressenti une mini pointe de jalousie (ce n’est pas demain que l’OL gagnera la LDC), puis comme une envie de faire partie de cette grande équipe… notamment en me procurant un maillot bien vintage bien Ronaldinho. Je me suis même surprise à aimer le foot… un peu ? Beaucoup ? À la folie ?

Je ne sais pas, en tout cas, il m’a fallu quelques recherches Vinted pour comprendre que non, je n’allais pas mettre plus de 100€ dans un t-shirt d’une équipe que je ne supporte même pas, à la base.

Mais quand même… Mayulu… Dembélé… Doué…

Bref, je vous laisse avec ça, je m’en vais regarder le match France-Espagne, sans maillot mais avec style.


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Pop' Couture

Par Salomé Bruneau

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